Zoom sur le vaste chantier de réhabilitation des grandes voies de la « Montagne de lumière »…

avril 21, 2013 dans Portraits

Plus connu sous le nom du massif du Caroux, situé au cœur du Parc Naturel Régional du Haut Languedoc, à 50 km au nord de Béziers, ce site s’élève à près de 1100 m d’altitude. Connu pour ses gorges escarpées et ses innombrables parois, le massif du Caroux est l’un des principaux sites d’escalade « granitique » du sud de la France, il offre une approche facile du milieu de la haute montagne.

 

Ce massif a été fréquenté par de nombreux grimpeurs passionnés, l’historique de l’escalade dans le massif remonte à 1896 ! À la création du club alpin français Béziers Caroux. Dès 1910, les aiguilles sont gravies par Viala, Déplasse, Dulong-de-Rosnay, puis des années 20 à 40, Azéma, Frayssinet signent de nombreuses ouvertures, à la fin des années 50, est édité un premier topo, et de 1960 à 1980, Henri Blanc, Guy Pistre, François Pugibet et les frères Raynal signent les plus itinéraires, aujourd’hui ce ne sont pas moins de 400 itinéraires qui sont proposés aux grimpeurs…

 

Deux zones ont été inscrites à Natura 2000 dans le massif du Caroux, et dans ce cadre de mesures de protection des milieux naturels, il a été décidé de mettre en place une procédure qui garantisse la prise en compte des aspects environnementaux avant tout action de rééquipement du site.

 

La présence d’équipements vétustes et non conformes aux normes de sécurité, des pitons et des plaquettes très souvent corrodés est l’une des principales raisons de ce projet de réhabilitation de l’ensemble des voies. Dans un premier temps, la communauté des grimpeurs a effectué un état de lieux voie par voie, en établissant des fiches types décrivant en détail chaque voie, remises à la commission technique, chargé de l’inventaire.

Un rééquipement selon une certaine philosophie : respect de l’itinéraire de la voie d’origine, respect de son engagement, et du caractère non élitiste des voies, remplacement des points jugés indispensables par des broches scellées, en aucun cas le caractère « montagne », terrain d’aventure n’est changé sur ces 240 voies situées dans une vingtaine de secteurs géographiques différents appartenant à l’Etat et gérées par l’ONF. Concernant les relais, même philosophie, un relais sur un arbre reste tel quel, à condition que l’arbre soit solide, tous les points jugés indispensables à la progression sont remplacés par des points normalisés.

 

Une commission escalade a été constituée au sein du comité départemental 34 FFME pilotée par Henri Blanc qui est à l’origine du projet avec Jean Louis Raynal. Une commission de suivi technique a vu le jour également  composée de personnes expérimentées, c’est une instance de proposition qui analyse et définit les voies à conventionner et rééquipement prévu présidé par David Foissier, les finances : conseil général et régional direction départementale jeunesse et sport et financements européens.

 

Henri Blanc est l’une des figures emblématiques du Caroux, cela fait des années qu’il côtoie les voies de ce massif et qu’il œuvre à son rayonnement. Il est intarissable sur le sujet, il aime parler longuement de l’histoire de ce site : «  l’équipement  était devenu vieillissant, on a donc décidé de remplacer tout le matériel obsolète, rouillé car il représentait un danger pour le grimpeur. Nous avons travaillé avec Jean Louis Raynal et Christophe Bernard, on a commencé à faire un inventaire sur l’essentiel  des voies, les plus hautes, les plus renommées du massif, et on aboutit, il y a 5 ans au montage un dossier, en vue de préparer une convention ONF/FFME, ce fut un grand combat, nous avons eu beaucoup de critiques, il y avait un noyau dur de personnes qui ne voulait pas que nous équipions. Nous avons continué notre chemin, en expliquant notre philosophie, cela a été assez long, nous avons réalisé un inventaire voie par voie, on a travaillé en terrain domaniale immense plus de 10 000 hectares, mais nous sommes arrivés en toute sérénité à cette convention. Des débats sur internet et des séances plénière de consultation ont été organisés, nous avons même mis en place un comité de pilotage ouvert à tout public pour avoir un avis sur l’équipement des voies. Nous avons reçu par deux fois la visite du Mountain Wilderness France qui chapote tous les programmes mondiaux ».

 

Ce vaste programme de réhabilitation porte sur un total de 240 voies de une à six longueur en moyenne et sur 3 ans, il se terminera en décembre 2012, les équipeurs ont déjà réhabilité 120 voies, et en 2013, seront installés les derniers équipements de signalétique.

 

David Foissier est le responsable du Comité Technique et donc du rééquipement des voies, sa mission est d’enlever tous les pitons rouillés, hors d’usage et les remplacer par des broches inox.

Il reconnait qu’au départ la peur de certains grimpeurs de transformer ces voies mythiques, était certainement due à un manque de communication de leur part…Il a donc été primordial d’informer la communauté des grimpeurs , de concilier toutes les tendances de cette pratique pour qu’il y est un consensus général.

David explique qu’il rééquipe dans « l’éthique » en conservant l’itinéraire de la voie à l’ouverture dans la mesure du possible, en respectant l’engagement de la voie, la distance des points, « et dans le Caroux, pour une 5, 5+, il y a pas mal de pitons qui protègent le pas difficile, donc on essaye de garder cet esprit là ».

David équipe avec Pierre Raynal, et d’autres équipeurs en renfort selon les besoins, car le projet du Caroux est complexe, «  il consiste à rééquiper les voies, faire le nettoyage, refaire les systèmes d’accès, baliser les sentiers et faire un topo ! »

David explique : «  nous avons déjà effectué un peu plus de 60% des voies, en décembre nous devrions avoir terminé et le topo est prévu au printemps 2013. En général, on a un piton sur 3 totalement rouillé car ils se situent sur des fissures là où coule l’eau, ils sont là depuis 30 ans, il y en pas mal qui ne supporteraient pas une chute ! »…

La durée de l’équipement d’une voie varie selon sa longueur, de l’accès, et de la difficulté ou non de la purge, selon David, il faut compter sur une moyenne de deux jours pour équiper une voie mais c’est très aléatoire.

David a pour principal coéquipier Pierre, ils équipent à deux, pour des raisons de sécurité mais pas seulement, équiper et grimper en duo permet d’avoir un autre avis, « comme on cherche à garder l’esprit Caroux, on se pose la question du meilleur emplacement pour un point donc deux avis c’est mieux », explique Pierre.

Pierre Raynal, se définit comme « un enfant du pays », je suis tombé dedans quand j’étais petit, mon père était guide de haute montagne, tout le monde grimpe dans ma famille, j’ai commencé à grimper dans le massif, très peu en salle, toute mon enfance, j’ai grimpé ici, c’est un lieu que j’affectionne tout particulièrement, je me sens bien, je fais parti du paysage avec les mouflons ! »

Pour Pierre, équiper une voie c’est « se mettre dans la peau d’un grimpeur », plusieurs facteurs sont à prendre en compte également : la difficulté de la voie, comment protéger les passages et marquer l’itinéraire. On essaye de respecter l’engagement qui était à l’origine de l’équipement, afin de permettre une grimpe le plus possible en libre, tous les passages qui étaient surprotégés sur pitons, on met un point qui va remplacer tous les autres ».

Pour Pierre, il était important de rééquiper ces voies, car « ici c’est une grimpe particulière, c’est un massif mythique, il y a eu la période Frayssinet, Demaison, ils ont fait leurs armes, mais le massif a vieilli et a souffert un peu de manque de fréquentation, donc c’est l’occasion de faire découvrir ce massif à d’autres grimpeurs, de lui accorder une seconde jeunesse ».

 

Pierre, au fil de la discussion, lâche une anecdote « quand j’étais très jeune, j’ai pu voir grimper aux cotés de mon père, Frayssinet et du coup je me souviens de leurs rigolades entre ouvreurs de voies, avec Blanc et Demaison. Une fois vers une paroi qui présentait un beau dièdre, pas connu d’aucun topo, alors que Demaison revenait des Alpes et qu’il avait repéré ce mur, il se disait « qu’il allait y faire une première »…Il s’était s’engagé dans la fissure et là il découvre un coin de bois que mon père avait placé quelques années auparavant !!! Nous, au massif on retrouve encore ce genre d’expérience » ! On croit faire une découverte mais en fait on trouve une vieille corde pourrie autour d’un arbre, une trace du passé qui est géniale à avoir ici ».

 

La finalité du projet de réhabilitation des grandes voies du massif du Caroux, c’est aussi le projet d’un musée, « un espace Caroux », situé en bas de la vallée, à Saint Martin de l’Arcon, à l’origine de cette idée Henri Blanc : «  nous gardons tous les vieux pitons rouillés, le vieux matériel que l’on peut retrouver sur les voies ». Cette maison proposerait également une grande maquette synoptique pour les groupes d’escalade et grimpeurs européens. L’idée est de faire connaître l’historique de ce massif.

Laurence Durand

 

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