Le grimpeur des extrêmes

mars 21, 2012 dans Alain Robert, Escalade, Portraits

Nom : Robert, Prénom : Alain. Né le 7 août 1962 à Digoin en Saône et Loire
Signe particulier : grimpe à mains nues des gratte-ciel !

Plus souvent surnommé le « French Spiderman», Alain Robert est un grimpeur solo célèbre dans le monde entier pour ses ascensions spectaculaires. En 15 ans, il compte à son actif 100 gratte-ciel et monuments mythiques dans le monde, sans corde ni mousqueton. Il est devenu le spécialiste de l’escalade urbaine en solo intégral. Avant ce palmarès, il pratiquait l’escalade en solitaire en montagne et en falaise jusqu’au 8b.

Sa passion commence en fait assez tôt. A 11 ans, lorsqu’en rentrant chez lui, il s’aperçoit qu’il a oublié ses clés, les 7 étages du bâtiment où habitaient ses parents ne l’effrayent pas et c’est tout naturellement qu’il se met à escalader la façade. Il s’amuse même en racontant cette anecdote : « En fait, il y avait un terrain de prédilection, le bâtiment en question s’appelait l’Oisans et chaque cage d’escalier portait le nom d’une montagne mythique du massif de l’Oisans ! En l’occurrence, celle de mes parents s’appelait « l’aile froide.  »

Depuis cet épisode l’amour de la grimpe ne l’a jamais quitté. Pourtant, il y a 35 ans, l’escalade n’existait pas vraiment en tant que sport, il n’y avait qu’une petite poignée de pratiquants, et «ce n’était pas quelque chose d’envisageable pour la génération de mes parents », explique Alain Robert qui dévoile une autre source d’inspiration pour cette passion: la découverte du film inspiré du roman d’Henri Troyat « la Neige en deuil ».
Quand on lui parle de ce type d’escalade, Alain Robert la resitue sans cesse dans le contexte des années 70/80. A ce moment là explique-t-il :   » L’escalade était quelque chose qui se pratiquait en solitaire ! Quelque chose d’engagé, d’exigeant, avec une notion de risque et de mort. Maintenant, ce sport ne véhicule plus véritablement ces valeurs, du fait de l’équipement, d’une plus grande sécurité. Pour ma première escalade, je n’étais pas équipé, mon premier point d’ancrage était à 10/15 mètres du départ, le second était loin et mal équipé…l’optique était différente…  »
Le seul talent qu’Alain Robert veuille bien s’accorder, c’est la motivation. Quand il était enfant, il avait peur du vide, rien ne le prédisposait à être un grimpeur. « J’ai du faire un gros travail sur moi

Depuis 20 ans, Alain Robert escalade en solitaire et ses supports ne sont plus la montagne ou une falaise mais des gratte-ciel…. « Au départ,c’était une simple demande commerciale, qui m’a permis de découvrir mon nouveau terrain de jeux. Au lieu d’ouvrir des voies de plus en plus difficiles, je fais la même chose sur des gratte-ciel. C’est aussi devenu une façon de gagner ma vie, et de passer de la falaise à cette structure ne m’a posé aucun problème, je conçois que tout se fasse, du moment que cela me plaise ».

Alain Robert est conscient de son « statut » quand il a une demande commerciale. « Les gens me considèrent comme un produit, une marchandise », mais il met à profit cette situation pour afficher son combat contre le réchauffement climatique, comme par exemple, à New York en 2008, où il a installé de grandes bannières pour dénoncer les méfaits du réchauffement. Alain Robert foule les métropoles les plus polluées mais, dit- il, « je ne peux pas faire grand-chose non plus, certains me critiquent en disant que je ferais mieux de boycotter l’avion… »

Quand on aborde la question d’une sensation de peur au moment d’escalader les gratte-ciel, Alain Robert est catégorique : « La peur est là avant de grimper. A Paris, à la Tour GDF Suez de 180 mètres, il y avait un vent de plus de 125 km/h au sommet et je m’étais engagé vis-à-vis d’un documentaire et d’un sponsor, et puis j’avais eu droit à une chambre à 1000 euros la nuit, donc tu n’es pas là pour la belle suite mais pour que tu grimpes en dépit des mauvaises conditions, mais je ne suis pas forcé non plus ! . La peur est là avant car on sait que l’on va faire quelque chose de potentiellement mortel. Pendant l’ascension, c’est une question de concentration, et au sommet c’est comme si on recommençait une nouvelle vie. Le temps de l’ascension, je suis entre la vie et la mort et au sommet, je regagne le droit de vivre jusqu’à la prochaine fois ! « 

Alain Robert a frôlé la mort à plusieurs reprises. Il a eu sept accidents dont deux sérieux en 1982 et 1993 à chaque fois le pronostic vital a été engagé en raison de chocs violents à la tête. Après une chute de 15 mètres, il est tombé dans le coma, il atterri sur ses poignets qui ont volé en éclat… A l’hôpital, à son réveil, il a réalisé que l’escalade, c’était terminé, le chirurgien de la main était catégorique… Depuis ses accidents, Alain Robert souffre de vertige, mais son mental lui a permis de regrimper malgré tout! Il explique cette force « J’ai construit toute ma vie autour de l’escalade et je n’ai pas voulu changer mon mode de vie … »

Alain Robert relate ensuite ses ascensions, comme celle de la Tour Eiffel en 1996, qu’il qualifie « d’aventure sympathique  » pour terminer l’année au sommet. Il faisait – 15 °, il y avait de la glace sur la structure. Lors de cette ascension, il a eu des problèmes avec les personnes de la sécurité et il a même était menacé de mort. Il a été plusieurs fois interpellé à l’issue de ses exploits, car si la plupart de ses prouesses lui sont commandées par des entreprises ou associations, beaucoup d’ascensions sont illégales. Mais, à écouter Alain Robert, « C’est un peu un jeu, celui des gendarmes et des voleurs, dans un monde où l’espace de liberté est moindre et où l’on prône de plus en plus la sécurité . » Il dresse d’ailleurs un peu fièrement son palmarès :
Australie : 4 ascensions illégales et une interdiction de séjour de 10 ans
Chine : 1 ascension illégale et une interdiction de séjour de 5 ans
États-Unis : 12 arrestations, pas d’interdiction de séjour mais la situation est compliquée avec des peines de prison à la clef…
Japon : en 1998, il a été emprisonné 9 jours, puis expulsé, raccompagné à l’aéroport par la police!

Parmi la centaine d’ascensions de gratte-ciel, Alain garde un souvenir particulier : la plus haute tour du monde, la BURJ KHALIFA, qui culmine à 828m soit 200 étages, à Dubaï. Parti à 18 heures, il est arrivé au sommet à minuit, soit 6 heures d’ascension, avec une pause tous les 40 étages ! Un spectacle contemplé par 150 000 personnes.
A son actif, la Tour Taipei 101 à Taiwan : (508 m soit 101 étages) les Twin Towers à New York (527m) les Tours Petronas de Kuala Lumpur(452m), la Sears Tower de Chicago(442m), la tour Jin Mao de Shanghai(421m) et la tour Montparnasse à Paris(209m).

Alain Robert n’a qu’un seul regret : que l’escalade ne soit pas un sport médiatique. « L’escalade plaît aux grimpeurs, c’est tout, pas à un public non averti! Il n’y a pas d’argent en jeu dans ce sport, et donc aucune médiatisation. Personne ne connaît les grands noms de grimpeurs !»
A la question, « vous allez grimper encore longtemps ? » Alain Robert répond tout de go: « J’arrive à rester une 20 vingtaine de minutes au plafond, soit un cumulé de 150 mètres à l’envers. Je pense que je vais pouvoir grimper encore une dizaine d’années! J’ai consacré ma vie à cette passion, donc… »